Octobre 2016 : L’histoire évolutive du bison en Europe reconstituée grâce à l’ADN ancien

Dans un article publié le 21 octobre 2016 dans la revue BMC Biology, l’équipe Geigl/Grange de l’institut Jacques Monod a montré par une approche paléogénomique que plusieurs espèces de bison se sont succédées en Europe pendant les 50.000 dernières années sous l’influence des changements climatiques et environnementaux, une succession représentée dans des peintures rupestres de la grotte de Chauvet.

Grâce à une approche paléogénomique améliorée, l’équipe Epigénome et Paléogénome de l’Institut Jacques Monod a pu reconstituer la dynamique des populations de bisons au cours des 50.000 dernières années et les corréler avec les changements climatiques et environnementaux de la fin du Pléistocène. Trois populations de bison différentes ont peuplé l’Europe de l’Ouest de façon successive. Une première population de bisons européens, maintenant disparue, a peuplé la France il y a entre 57 et 34.000 ans lorsque que le climat était tempéré. A cette époque, cette population s’étendait jusqu’au nord du Caucase. Puis, lors de la phase glaciaire, ces bisons ont été remplacés par les bisons des steppes, maintenant disparus, mais qui sont les ancêtres des bisons américains. Ces bisons des steppes étaient originaires de Sibérie. Pendant la période de transition entre ces deux populations il y a entre 39 et 34.000 ans, les êtres humains qui ont peint les fresques de la grotte de Chauvet ont dû observer ces deux espèces de bisons car ils y ont représenté deux types distincts de bisons. Puis, à la fin de l’ère glaciaire, les bisons des steppes ont été remplacés par une nouvelle population de bisons européens originaires du sud du Caucase. La diversité génétique de ces bisons s’est progressivement réduite jusqu’à la disparition des bisons en France au Moyen Âge. Une petite population a survécu en Europe de l’Est où elle survit encore dans une réserve en Pologne et Biélorussie avec une diversité génétique bien réduite par rapport à ce qu’elle était avant que les bisons ne soient chassés par les hommes entre le Néolithique et le Moyen Âge.

Cette étude montre le rôle important joué à la fois par les changements climatiques et environnementaux ainsi que la pression anthropique sur la dynamique des populations de mégafaune dont le bison est le plus grand représentant encore vivant en Europe. L’art rupestre a immortalisé ces changements de populations laissant une trace émouvante de cette biodiversité passée.

Pour plus d’informations :
Massilani, D., Guimaraes, S., Jean-Philip Brugal, J.-P., Bennett, E.A., Tokarska, M., Arbogast, R., Baryshnikov, G., Boeskorov, G., Castel, J.-C., Davydov, S., Madelaine, S., Putelat, O., Spasskaya, N., Uerpmann, H.-P., Grange, T.*, Geigl,E.-M. Past climate changes, population dynamics and the origin of Bison in EuropeBMC Biology 2016, 14:93

Contacts: Eva-Maria Geigl, Thierry Grange co-responsables de l'équipe Épigénome et paléogénome, Tél.: +33 (0)1 57 27 81 32 et +33 (0)1 57 27 81 29

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