Janvier 2017 : Quand perturber la contractilité de l’épithélium intestinal provoque une maladie rare

Plusieurs équipes de l’Institut Jacques Monod coordonnées par Delphine Delacour, en collaboration avec des cliniciens de l’Hôpital Necker-Enfants Malades, ont mis en évidence qu’une anomalie de la contractilité des cellules épithéliales serait à l’origine d’une maladie rare infantile intestinale. Cette étude, qui montre l’impact de la géométrie tissulaire dans la maintenance de l’épithélium intestinal, sera publiée le 13 janvier 2017 dans la revue Nature Communications.

La Dysplasie Epitheliale Intestinale, encore appelée « Congenital Tufting Enteropathy » (CTE), est une maladie infantile rare de l’intestin pour laquelle aucun traitement n’est actuellement disponible. La pathologie se manifeste par une insuffisance intestinale et des diarrhées sévères, même en absence de prise alimentaire dès la naissance, qui conduisent très rapidement à la mort de l’enfant sans des soins palliatifs de nutrition parentérale quotidienne. 73% des enfants présentent des mutations perte-de-fonction du gène EPCAM codant une protéine d’adhérence cellulaire exprimée dans les épithéliums.

Au sein de l’équipe "Adhésion cellulaire et Mécanique " de Benoit Ladoux et René-Marc Mège à l’Institut Jacques Monod, Delphine Delacour en collaboration avec le Département de Gastroentérologie Pédiatrique de l’Hôpital Necker-Enfants Malades, a caractérisé l’épithélium des enfants atteints de CTE en utilisant des approches de biologie cellulaire et de biophysique. Pour comprendre les causes de l’apparition de la maladie, les chercheurs ont mis en place un système biomimétique de villosités synthétiques permettant de reproduire en culture la géométrie de l’épithélium intestinal. Ils ont démontré que la perte d’EpCAM provoque des pertes non conventionnelles de la polarité épithéliale, ainsi qu’une profonde perturbation de l’organisation du tissu intestinal le long de la villosité. Ces anomalies cellulaires et tissulaires ont pour origine une activité inappropriée du réseau contractile d’actomyosine aux contacts tricellulaires.

Ces résultats révèlent que l’homéostasie du réseau d’actomyosine est cruciale pour le maintien de la polarité d’une cellule épithéliale individuelle, mais également d’une monocouche épithéliale lorsqu’elle doit faire face aux contraintes géométriques du tissu. L’utilisation de drogues contrecarrant la contractilité cellulaire aberrante, permet de restaurer un épithélium intestinal proche de la normale. Cette étude met en évidence une cible moléculaire intéressante qui permettra de développer à l’avenir des stratégies thérapeutiques pour ralentir la progression de la maladie et rétablir la fonction intestinale chez ces enfants.

En savoir plus :
Contractile forces at tricellular contacts modulate epithelial organization and monolayer integrity. Salomon J, Gaston C, Magescas J, Duvauchelle B, Canioni D, Sengmanivong L, Mayeux A, Michaux G, Campeotto F, Lemale J, Viala J, Poirier F, Minc N, Schmitz J, Brousse N, Ladoux B, Goulet O, Delacour D. Nature Communications

Contact chercheur : Delphine Delacour, groupe Adhésion cellulaire et Mécanique tél.: + 33 (0)1 57 27 80 67

Retour en haut de page