François Chapeville (1924-2020)

François Chapeville qui fut directeur de l’Institut Jacques Monod de 1978 à 1991, nous a quittés le 30 novembre 2020. Rien ne semblait destiner Franciszek Chrapkiewicz, né le 2 janvier 1924 dans le petit bourg rural de Godowa dans l'actuelle Voivodie des Basses-Carpathes dans le sud-est de la Pologne, à effectuer une carrière de chercheur et d'enseignant en biochimie et biologie moléculaire en France. Alors que ses études secondaires sont interrompues par la seconde guerre mondiale, de difficiles circonstances liées à la libération de la Pologne le décident à quitter son pays et rejoindre la France en 1947 pour y entreprendre des études supérieures.

Il prépare un Doctorat de Médecine Vétérinaire à l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort soutenu en 1952, au cours duquel il découvre et caractérise les propriétés antithrombiques de l’hirudine secrétée par les glandes péripharyngiennes des sangsues. Puis il prépare au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) à Saclay une thèse de doctorat ès-Sciences de l’Université de Paris soutenue en 1960. Ses travaux consacrés au métabolisme des composés du soufre lui permettent d’élucider le mécanisme de formation de l’acide cystéique à partir du sulfite inorganique et d’identifier une série d’enzymes impliquées dans cette transformation. Effectuant un séjour postdoctoral à l’Institut Rockefeller à New-York à l'invitation de Fritz Lipmann, il apporte, grâce à une très élégante expérience qui marque une étape importante de l'histoire de la Biologie Moléculaire, la première preuve de la justesse de l’hypothèse de Francis Crick postulant que le tRNA, (appelé alors sRNA) joue un rôle essentiel d’ « adaptateur » des acides aminés dans la biosynthèse des protéines. 

De retour en France, il anime un groupe de recherche au CEA. Parallèlement, comme Maitre de Conférences à la Faculté des Sciences à Paris et à Orsay puis comme  Professeur à l’Université Paris VII, il se consacre très activement au renouvellement de l’enseignement de la biochimie et à l’introduction de celui de la biologie moléculaire. Il est en particulier l’auteur avec Anne-Lise Haenni qui fut une collaboratrice et une associée pendant plus de vingt ans, d’un manuel d'enseignement « La biosynthèse des protéines : traduction génétique», utilisé par des générations d’étudiants et traduit en plusieurs langues.

Avec son équipe, il rejoint en 1969 l’Institut de Biologie Moléculaire dont la construction est tout juste terminée sur le Campus Jussieu [et rebaptisé peu de temps après Institut de Recherche en Biologie Moléculaire (IRBM)] pour y créer le "Laboratoire de Biochimie du Développement". Il y anime une équipe très active et dynamique qui attirera et formera plus d’une centaine de chercheurs français et étrangers de premier plan. D’abord consacrés à la biochimie d’enzymes impliquées dans la synthèse protéique tels que tRNA nucléotidyl transférases et tRNA synthétases, les travaux de l’équipe se diversifient avec l’étude de génomes de virus de plantes conduisant à la découverte d'une structures tRNA-like dans le génome du TYMV, la biologie moléculaire du virus de la Vaccine, la biologie du développement au travers de la caractérisation dans les tissus animaux de DNA polymérases, DNA-ligases et Déoxynuléotidyl transférases, le rôle des enzymes protéolytiques activateurs du plasminogène dans le remodelage cellulaire, et les mécanismes moléculaires de l’inversion sexuelle chez la tortue.En 1978, il prend la succession de Raymond Dedonder comme directeur de l’IRBM. Il s’engage alors dans un renouvellement de l’organisation et du fonctionnement de l’Institut. Sur sa proposition, et pour honorer la mémoire de celui qui fut à l’origine de sa création, celui-ci est renommé Institut Jacques Monod en 1982 lors d'une cérémonie présidée par le ministre de l'Education Nationale et celui de la Recherche et de la Technologie. Se démarquant d’une structuration initiale de l’Institut en une douzaine de grandes «unités», et préfigurant ainsi l’évolution à venir de nombreux centres de recherche en Biologie, Il impulse alors la création de groupes avec la volonté d’ouvrir des orientations de recherche nouvelles et donner une autonomie et une responsabilité d’équipe à de jeunes chercheurs.

A coté de ses activités de recherche et d'enseignement, il participe activement à l'organisation et à la vie des institutions de recherche en France comme membre de très nombreux comités et conseils scientifiques. Ayant toujours gardé un profond attachement pour son pays d'origine où il ne pourra retourner qu'à partir de 1989, il crée très tôt un lien avec plusieurs institutions académiques Polonaises au travers de l'accueil dans son équipe d'un grand nombre d'enseignants, chercheurs et étudiants polonais. Ses travaux lui ont valu l'attribution de nombreux prix et distinctions dont celles de Chevalier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur et de Commandeur de l'Ordre du Mérite de la République de Pologne.

François Chapeville, qui souhaitait qu’on l’appelle « Franek » et que de nombreux collègues nommaient familièrement « Chape », était doté d’une passion communicative pour la recherche et toujours prêt à se saisir avec enthousiasme d'une idée ou d'un résultat nouveaux. Chaleureux et doué d'une grande facilité de contact, esprit ouvert et à l’écoute, il a marqué de sa forte personnalité la vie de l’Institut au cours de son long mandat de directeur et contribué de manière éminente à forger son identité parmi les grands centres de recherche en biologie.

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