Des nouvelles de la troisième humanité: les Dénisoviens

La base d’une phalange distale provenant de la grotte de Dénisova et contenant de l’ADN exceptionnellement préservé a permis d’obtenir, en 2010, la séquence de son génome et a ainsi mis en évidence une population humaine inconnue jusque-là, les Dénisoviens, une population proche des Néandertaliens. Ils vivaient au Pléistocène moyen et supérieur (au moins entre -195 000 et -50 000 ans) en Sibérie du Sud et au Tibet, et occupait probablement un territoire plus étendu en Asie à cette époque car ils ont laissé des traces de leur génome dans les populations mélanésiennes, et dans une moindre mesure dans des populations asiatiques. Toutefois, sa morphologie était peu connue jusque-là à cause du peu d’ossements identifiés. Dans le cadre d’une collaboration internationale et interdisciplinaire coordonnée par Eva-Maria Geigl, l’équipe Epigénome & Paléogénome de l’Institut Jacques Monod a mesuré et photographié un autre fragment d’une phalange provenant de la grotte de Denisova en Sibérie, analysé son génome et montré que ce fragment correspondait à la partie manquante de la célèbre phalange qui avait permis de déchiffrer le génome dénisovien. Des paléoanthropologues du PACEA, Université de Bordeaux, et du Département d’Anthropologie de l’Université de Toronto, Canada, ont reconstruit l’image de la phalange complète (Figure), analysé morphométriquement la phalange et l’ont comparé aux phalanges des Néanderthaliens et des humains anatomiquement modernes. Cette analyse a montré que la phalange est très proche de celles des humains modernes. Cette proximité contraste avec les molaires et la mandibule récemment identifiée au Tibet qui possédaient des caractères archaïques. Cette mosaïque de caractéristiques morphologiques interroge les scientifiques à la recherche de nouveaux ossements qui permettront de mieux caractériser cette « troisième » humanité.

Bibliographie

Morphology of the Denisovan phalanx closer to modern humans than to Neandertals. E. Andrew Bennett, Isabelle Crevecoeur, Bence Viola, Anatoly P. Derevianko, Michael V. Shunkov, Thierry Grange, Bruno Maureille, and Eva-Maria Geigl. Science Advances, le 4 septembre 2019. DOI: 10.1126/sciadv.aaw3950

www.cnrs.fr/en/node/4037

Retour en haut de page